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Tous risques ou risques dénommés : quelle garantie pour votre art

août 2026·8 min de lecture·L'équipe Cimaise
Peinture de maître ancien richement encadrée — l'œuvre de valeur au cœur du choix entre garantie tous risques et risques dénommés

Deux contrats peuvent afficher la même œuvre, la même valeur, une prime voisine — et vous laisser, le jour du sinistre, dans deux situations radicalement différentes. Tout se joue sur une ligne que l'on lit rarement : le régime de garantie. « Tous risques » ou « risques dénommés » ? Derrière ces deux formules se cache la question la plus déterminante de votre contrat : qui doit prouver quoi, et qu'est-ce qui reste à votre charge quand l'imprévu arrive. Comprendre cette différence, c'est éviter la mauvaise surprise d'une œuvre abîmée que l'assureur refuse d'indemniser parce que l'accident ne figurait pas « dans la liste ».

Deux logiques de couverture opposées

Un contrat d'assurance d'œuvres d'art peut être bâti sur l'une de deux architectures, et elles fonctionnent à l'envers l'une de l'autre.

En risques dénommés (on dit aussi « périls dénommés »), le contrat dresse une liste fermée d'événements couverts : incendie, vol avec effraction, dégât des eaux, catastrophe naturelle, par exemple. Si votre sinistre correspond à un élément de la liste, vous êtes indemnisé. S'il n'y figure pas, vous ne l'êtes pas. La charge de la preuve pèse sur vous : c'est à vous de démontrer que ce qui est arrivé entre bien dans l'une des cases prévues.

En tous risques (parfois appelé « tous risques sauf »), la logique s'inverse. Le contrat couvre tout dommage matériel accidentel, quelle qu'en soit la cause, à la seule exception de ce qui est expressément exclu. Vous n'avez plus à prouver que l'accident correspond à un péril listé ; c'est à l'assureur, s'il veut refuser, de démontrer qu'une exclusion s'applique. Le renversement peut sembler technique. Il est décisif : la plupart des dommages qui frappent une œuvre ne sont pas des catastrophes spectaculaires, mais des chocs, des chutes, des maladresses de manutention — précisément le genre d'incident qu'une liste de périls a du mal à prévoir.

Risques dénommés : la protection à la carte

Le régime en risques dénommés a une vertu : il est lisible. Vous savez exactement ce que vous achetez, événement par événement. Les périls couramment listés couvrent le gros des sinistres « classiques » d'une collection sédentaire :

  • l'incendie, la foudre, l'explosion ;
  • le vol et le vandalisme, le plus souvent conditionnés à une effraction ou à une agression caractérisée ;
  • le dégât des eaux et les infiltrations ;
  • les catastrophes et événements naturels reconnus.

Le revers est dans ce que la liste laisse dehors. Une toile qui glisse du mur et se déchire, un cadre heurté pendant un déménagement, une sculpture renversée par un visiteur, une œuvre qui « disparaît » sans trace d'effraction : ces situations, très fréquentes, tombent souvent hors garantie parce qu'aucun péril nommé ne les décrit. Le collectionneur découvre alors que sa maladresse — ou celle d'un tiers — n'était tout simplement pas dans le contrat.

Ce régime convient surtout à des configurations à risque simple et stable : des œuvres qui ne bougent pas, conservées dans un lieu bien protégé, pour un budget de prime que l'on veut contenir. Dès que l'œuvre est manipulée, prêtée, transportée ou exposée, la liste montre vite ses trous.

Tous risques : couvrir l'accident, sauf exclusion

Le régime tous risques est celui vers lequel s'orientent la plupart des contrats spécialisés en œuvres d'art, et ce n'est pas un hasard. En couvrant par principe tout dommage accidentel, il épouse la réalité des sinistres réels, où l'imprévu prime sur le catalogue. C'est la base d'un contrat tous risques en valeur agréée : l'œuvre est protégée contre l'accident quelle qu'en soit la forme, et sa valeur d'indemnisation est fixée d'avance, sans discussion au moment du sinistre.

« Tous risques » ne signifie pourtant pas « sans limite ». Le périmètre réel se lit dans la liste des exclusions, qui dessine la frontière de la garantie. On y retrouve presque toujours :

  • le vice propre : la fragilité intrinsèque de l'œuvre, sa dégradation naturelle, une restauration ancienne qui cède. L'assurance couvre l'accident, pas le vieillissement.
  • l'usure et le dommage graduel : craquelures, jaunissement, altération progressive de la matière ;
  • le défaut d'emballage ou de manutention non conforme aux prescriptions du contrat ;
  • la guerre, la saisie, la confiscation et certains risques politiques ;
  • les dommages intentionnels du souscripteur.

Lire un contrat tous risques revient donc à lire ses exclusions à la loupe : c'est là, et non dans une liste de périls, que se joue l'étendue véritable de votre protection.

Le comparatif, ligne à ligne

Le tableau ci-dessous résume l'opposition. Les indications de prime sont données à titre d'exemple pédagogique : le coût réel dépend de la valeur assurée, du profil de risque et des garanties choisies, jamais d'une règle fixe.

CritèreRisques dénommésTous risques
PrincipeSeuls les événements listés sont couvertsTout dommage accidentel, sauf exclusion
Charge de la preuveÀ vous de rattacher le sinistre à un péril nomméÀ l'assureur de prouver qu'une exclusion s'applique
Chute, choc, maladresseSouvent hors garantieCouverts, sauf exclusion
Disparition inexpliquéeRarement couverteFréquemment couverte
Lisibilité du périmètreListe claire et ferméeDéfini en creux par ses exclusions
Niveau de prime (exemple)Généralement plus modéréGénéralement plus élevé
Profil adaptéŒuvres sédentaires, risque simpleŒuvres manipulées, transportées, exposées

Retenez la ligne la plus importante : la charge de la preuve. En risques dénommés, le doute joue contre vous ; en tous risques, il joue en votre faveur. Pour une œuvre de valeur, cette asymétrie pèse souvent plus lourd que l'écart de prime.

Quel régime pour quel profil

Le bon choix dépend moins de la valeur de l'œuvre que de son exposition au risque — au sens propre comme au figuré.

Pour un collectionneur particulier dont les pièces restent accrochées chez lui, un régime en risques dénommés peut suffire tant que la collection ne circule pas. Mais dès qu'il prête une œuvre, la fait restaurer, l'emmène en résidence secondaire ou la manipule lui-même, le tous risques reprend l'avantage, car ce sont justement ces moments de mouvement qui produisent le plus de sinistres.

Pour une galerie, un artiste qui expose, une maison de ventes ou une institution qui organise des prêts, la question ne se pose presque plus : les œuvres bougent en permanence, passent entre de nombreuses mains, sont accrochées et décrochées, transportées et stockées. Le régime tous risques y est la norme, souvent couplé à une garantie continue de type clou à clou. Le risque de manutention y est trop central pour être confié à une liste fermée.

Un même patrimoine peut d'ailleurs relever des deux logiques : le fonds sédentaire en risques dénommés, les pièces qui voyagent en tous risques. Un courtier spécialisé aide précisément à tracer cette frontière œuvre par œuvre plutôt que de tout aligner sur une formule unique.

Les points à vérifier avant de signer

Le régime de garantie n'est que la première ligne. Trois réglages en déterminent la portée réelle, et méritent d'être lus avant de signer.

La valeur assurée. Un contrat tous risques perd beaucoup de son intérêt si la valeur n'est pas agréée : l'assureur pourrait alors contester le montant après coup. Faites fixer une valeur agréée œuvre par œuvre, sur la foi d'une expertise ou d'une facture, pour supprimer cette incertitude. Les exclusions et la franchise. Deux contrats tous risques peuvent diverger fortement selon leurs exclusions et le montant restant à votre charge. C'est le point à disséquer en priorité ; notre guide sur les exclusions et la franchise d'une assurance d'œuvres d'art détaille les clauses qui vident une garantie de sa substance. Les plafonds et conditions. Vérifiez les plafonds par œuvre et par sinistre, les conditions de sécurité imposées (alarme, coffre, convoiement) et le sort de la disparition inexpliquée. Une garantie de façade peut être neutralisée par une condition non respectée.

Avant d'arbitrer, il est prudent de faire comparer les deux régimes sur votre situation précise : un simple devis d'assurance d'œuvres d'art permet de chiffrer l'écart de prime en face de l'écart de protection, et de trancher en connaissance de cause.

FAQ

Quelle est la vraie différence entre tous risques et risques dénommés ?

En risques dénommés, seuls les événements listés dans le contrat (incendie, vol, dégât des eaux…) sont couverts, et c'est à vous de rattacher le sinistre à l'un d'eux. En tous risques, tout dommage accidentel est couvert sauf exclusion expresse, et c'est à l'assureur de prouver qu'une exclusion s'applique. Le sens de la charge de la preuve est inversé.

Le tous risques couvre-t-il vraiment tout ?

Non. Il couvre tout dommage matériel accidentel, mais comporte toujours des exclusions : vice propre, usure et dégradation graduelle, défaut d'emballage, guerre, saisie, dommage intentionnel. Le périmètre réel se lit donc dans la liste des exclusions, qu'il faut examiner clause par clause avant de signer.

Une chute ou une maladresse est-elle couverte ?

En tous risques, oui, sauf exclusion particulière : une œuvre qui tombe, se raye ou se casse par accident est prise en charge. En risques dénommés, ce type de sinistre est le plus souvent exclu, car aucun péril de la liste ne le décrit — d'où de nombreuses mauvaises surprises.

Le tous risques est-il toujours plus cher ?

Sa prime est généralement plus élevée que celle d'un contrat en risques dénommés, car la couverture est plus large. Mais l'écart dépend de la valeur assurée et du profil de risque, et il est souvent modeste au regard de la protection gagnée, notamment pour des œuvres manipulées ou transportées.

Puis-je combiner les deux régimes pour une même collection ?

Oui. Il est courant d'assurer un fonds sédentaire en risques dénommés et de réserver le tous risques aux pièces qui voyagent, sont prêtées ou exposées. Un courtier spécialisé aide à répartir chaque œuvre dans le régime le plus adapté à son exposition réelle au risque.

Faites agréer la valeur de votre collection.